C’est la journée mondiale de la licorne !
J’entretiens une relation toute particulière à cette créature fabuleuse devenue aujourd’hui une véritable icône pop.
Lorsque j’étais étudiante à la Sorbonne, j’ai passé de longues heures au musée de Cluny tout proche, afin d’admirer la tenture de la Dame à la licorne. Cette œuvre emblématique comprend six tapisseries : cinq sont consacrées aux sens, tandis que la sixième, mystérieusement intitulée « Mon seul désir », continue d’alimenter les interprétations.
Je les ai revues récemment, et photographiées, à l’occasion de l’exposition « Licornes ! », riche de créatures de tout poil :






Comme jadis, je demeure fascinée par ces licornes paisibles et mystérieuses dont la robe claire se détache avec élégance sur une profusion de petites fleurs.
L’écrin millefleurs
Ce décor si caractéristique porte un nom : le millefleurs.
Très en vogue aux XVe et XVIe siècles, ce style de tapisserie se reconnaît à son fond semé d’une multitude de plantes – œillets, fraisiers, pâquerettes, pensées, violettes… – disposées comme dans un herbier rêvé.
Mais ce foisonnement n’a rien d’anodin. Il évoque un jardin idéalisé, parfois rapproché d’un paradis terrestre ou d’un espace suspendu hors du temps. Chaque fleur y possède son langage : amour, mémoire, modestie, fertilité… autant de significations familières aux regards médiévaux.
Dans cet écrin symbolique, la licorne trouve naturellement sa place.
Une présence souveraine
On retrouve ainsi la licorne dans d’autres tapisseries millefleurs de la fin du Moyen Âge et du début de la Renaissance.
Le Musée de Cluny conserve par exemple une œuvre singulière, issue de la cathédrale Saint-Étienne d’Auxerre, « Le corps de saint Étienne exposé aux animaux sauvages » :

Parmi les fleurs, des animaux veillent le corps du saint, entouré des pierres de son martyre. La licorne y occupe une place essentielle, présence étonnamment paisible dans une scène pourtant violente.
Pour le plaisir, remarquez le porc-épic, peut-être en hommage à Louis XII, qui en avait fait son emblème :

Dans l’exposition, une autre scène attire le regard : une licorne et un cerf brun s’y font face, presque comme dans un duel silencieux, au cœur d’un champ millefleurs éclatant de rouge :

La licorne traquée… puis apprivoisée
Changement d’atmosphère avec le cycle The Unicorn Tapestries, conservé au musée The Cloisters à New York.
Ici, la licorne n’est plus une présence contemplative : elle est chassée.
Au fil de sept scènes, des veneurs la poursuivent, la capturent, puis l’enferment.
La dernière tapisserie, The Unicorn Rests in a Garden, est particulièrement troublante :

La licorne y est attachée à un arbre, enfermée dans un jardin clos. Pourtant, rien ne semble véritablement la retenir : la chaîne paraît légère, la clôture aisément franchissable.
Sa captivité ressemble presque à un choix.
Au-dessus d’elle, des grenades mûres éclatent, symbole médiéval de fertilité et de mariage. L’image oscille alors entre contrainte et apaisement, entre capture et accomplissement.
D’un jardin à l’autre
Des tapisseries millefleurs aux créations contemporaines, la licorne traverse les siècles sans rien perdre de sa force symbolique.
Dans ces jardins tissés, elle incarne tour à tour la pureté, le désir, la liberté ou l’attachement, toujours insaisissable, jamais tout à fait captive.
Quant aux licornes de mes cartes buissonnières, elles prolongent cet imaginaire à leur manière. Blanches, légères et joyeuses, elles s’apprêtent à porter vos messages, comme autant de petits fragments de ce jardin intemporel.

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