L’argyronète (Argyroneta aquatica) est la seule espèce d’araignée à vivre quasi exclusivement sous l’eau. Bien qu’elle respire de l’air, elle a développé une forme d’adaptation unique. Elle construit une nappe de soie qu’elle gonfle progressivement d’air, jusqu’à former une cloche subaquatique, qui lui sert de nid pour se reposer, manger et se reproduire.
Dans Microcosmos, le peuple de l’herbe, de Claude Nuridsany et Marie Pérennou, on voit bien l’argyronète construire sa bulle d’air sous l’eau, puis y capturer une crevette d’eau douce :

Le mot argyronète vient du grec ancien ἄργυρος (árgyros, « argent ») et de νέω (néô, « je file ») :

Lorsque l’araignée plonge, une fine couche d’air reste prisonnière de ses poils, ce qui donne à son abdomen un éclat argenté et métallique sous l’eau, à l’origine de son nom.
Dès 1804, le naturaliste Pierre-André Latreille emploie le nom français argyronète dans le Nouveau dictionnaire d’histoire naturelle, à côté du nom scientifique Argyroneta :

Le mot français argent ne vient pas du grec árgyros, mais de son équivalent latin, argentum, qui partage toutefois la même racine indo-européenne (arg- signifiant « brillant, blanc »).
L’argyrose est un minéral rare composé de sulfure d’argent, aujourd’hui plus connu sous le nom d’argentite :

C’est également un synonyme d’argyrisme : une affection cutanée ou oculaire liée à une accumulation de composés d’argent dans les tissus, provoquant une coloration gris-bleu de la peau ou des muqueuses.
Anargyre (avec le préfixe privatif an-) qualifie les saints chrétiens et thaumaturges qui soignaient sans jamais réclamer de rétribution financière, à l’instar de Côme et Damien. Cette icône du XVIe siècle les représente dans leur costume traditionnel avec les attributs de leur profession, une spatule et un coffret de médecine :

Libre à nous de redonner vie à ce beau mot d’anargyre pour évoquer les personnes désintéressées !
La famille de néô a fourni des mots français en zoologie.
Un nématocyste (de κύστις, kustis, « vessie, poche ») est une capsule microscopique des cellules urticantes des méduses, des anémones de mer et des coraux. Elle contient un filament qui se déploie brusquement pour capturer une proie et parfois lui injecter du venin.
Les nématodes sont des vers ronds au corps allongé et cylindrique, ressemblant littéralement à de petits bouts de fil.
Les nématomorphes (Nematomorpha) sont des vers parasites extrêmement fins et longs, parfois appelés « vers gordiens » parce qu’ils forment des nœuds avec leur corps. Certaines espèces sont capables de manipuler le cerveau de leur insecte hôte, le forçant à se jeter dans l’eau et s’y noyer, afin de pouvoir rejoindre leur milieu de prédilection.
C’est un petit monde quelque peu effrayant, qui ne déparerait pas en cette soirée d’Halloween !
Tout comme mes cartes, beaucoup plus amusantes, qui ont semé quelques araignées parmi citrouilles, fantômes et chauves-souris :

Sources :
« Argyroneta aquatica » – fiche Wikipédia
Latreille, Pierre-André, « Tableau méthodique des insectes », dans Nouveau dictionnaire d’histoire naturelle, appliquée aux arts, principalement à l’agriculture et à l’économie rurale et domestique, t. XXIV, Paris, Déterville, 1804, p. 134.