Il suffit parfois d’une voix, d’un chat, d’un bleu d’ombre pour comprendre que l’on a toujours été buissonnière — et que la liberté attendait son heure.
En décembre dernier, j’ai visité l’exposition « Les mondes de Colette » consacrée par la Bibliothèque nationale de France à cette autrice que j’adore… et pas seulement parce que nous avons les mêmes racines icaunaises !
Manuscrits raturés, livres annotés, photographies intimes, estampes, peintures, extraits de films… l’exposition nous faisait en effet entrer dans ses mondes.
Bercée par son accent bourguignon, si familier pour moi, j’ai écouté avec joie une conversation avec Cocteau, extraite du film documentaire Colette réalisé en 1952 par Yannick Bellon. Taquinée par son ami, elle y donne de l’oisiveté une définition dont je ne retirerais aucun mot :

Cocteau lui rétorque alors : « Il ne faut pas oublier que c’est en faisant l’école buissonnière que tu as rallié toutes les écoles et que tu t’es fait aimer de toutes les écoles. »
Et Colette de répondre :

Quelle heureuse résonance avec La carte buissonnière !
Buissonnière parmi les chats
Je partage également avec Colette l’amour des chats, ces complices indépassables, qui ont traversé sa vie et son œuvre : Zoé, Nonoche, Bijou, Babou, Kiki-la-Doucette, Prrrou, la Shâh. Autant de présences silencieuses mêlées à l’encre de ses pages.
Citons enfin Chatte Dernière, cette chatte grise tant aimée que Colette savait qu’elle ne la remplacerait pas, ici photographiée par Walter Limot :

Qui a lu La Chatte ne saurait oublier l’héroïne éponyme, Saha, « une chatte dite des Chartreux », « une petite forme d’un bleu d’ombre, cernée, comme un nuage, d’un ourlet d’argent », « ombre plus bleue que l’ombre ».

Impossible pour moi de relire ces lignes sans penser à Tiffany, ma douce chartreuse aux yeux d’or disparue l’été dernier :

Comme si le bleu de Saha s’était mêlé à son souvenir, j’ai eu envie de créer des cartes buissonnières pour ma toute nouvelle collection Neko tangram, avec un papier washi bleu, or et argent :

Peut-être est-ce cela, être buissonnière : suivre une voix, aimer un chat, choisir un bleu — et oser en faire son chemin.