Les métamorphoses du citron

J’ai découvert Veks Van Hillik et son bestiaire fabuleux au hasard d’une promenade à l’automne 2023.

Le M.U.R. Bastille accueillait alors sa spectaculaire « Nature vivante au citron » :

Moi qui adore les natures mortes des peintres du Siècle d’or hollandais et leurs superbes citrons à la pelure en spirale, je suis restée subjuguée.

Au XVIIᵉ siècle, on parlait de stilleven, « vie immobile ». Veks Van Hillik en reprend les codes tout en y déployant un imaginaire surréaliste : un bras devenu branche, un aileron qui se fait papillon, des ramifications fleuries s’échappant de la gueule d’un maquereau.

L’expression « nature vivante », plutôt que « nature morte » ne doit évidemment rien au hasard. Elle convient d’ailleurs à bien d’autres œuvres de l’artiste.

Sur cette toile, le citron prend la forme d’un poisson à l’œil doré inquiet de son sort, comme l’indique le titre plein d’humour « Si je ne bouge pas » :

Le citron ? Ou plutôt le « Poissitron », comme l’annonce le titre d’une autre toile :

La pelure connaît une nouvelle variation avec « La Citrouille » :

Point de citrouille, mais une grenouille. La rime est savoureuse !

J’y vois surtout un clin d’œil à l’univers des contes, où citrouilles et crapauds sont volontiers promis aux métamorphoses. Pourquoi pas en citron, après tout ?

Enfin, avec « Penicilium Tremens » et « Deflection », Veks Van Hillik infléchit les conventions de la Vanité :

En effet, le citron se maintient en suspens sous toutes ses formes : posé au bord du marbre, dressé à la verticale sur un échiquier ou réduit à une tranche flottante. Pourtant, il est déjà gagné par la putréfaction.

Et dire que penicilium signifie « pinceau » en latin !

Chez Veks Van Hillik, le citron quitte la nature morte pour entrer dans un monde de métamorphoses. Sur mes cartes buissonnières, en ce jour qui le célèbre dans le calendrier républicain, il se contente plus modestement d’apporter une touche de lumière estivale :

Vous aimez les citrons ? Vous aimerez également :

« Sous le signe du citron »

« Les citrons de Manet »

« Les citrons de Roy Lichtenstein »

Laisser un commentaire