Sous le signe de la verge d’or

Dans le calendrier républicain français, le 27e jour du mois de fructidor, souvent notre 13 septembre, était dénommé jour de la verge d’or.

Pendant une bonne partie de l’année, la verge d’or passe inaperçue, simple tige parmi les herbes des talus, des lisières et des clairières. Puis vient la fin de l’été. Les journées raccourcissent imperceptiblement, les champs ont changé de couleur, les ombelles se fanent les unes après les autres. C’est alors qu’elle décide de fleurir.

Son jaune accompagne les derniers grands vols d’insectes avant l’automne. Les abeilles y trouvent encore du nectar, les syrphes y font halte, les papillons prolongent la saison. À une époque où les floraisons se raréfient, la verge d’or tient table ouverte.

© Ivar Leidus, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Son nom français est d’une simplicité presque parfaite. Une tige droite, dorée de fleurs : une verge d’or. Les botanistes ont préféré le latin Solidago, issu du verbe solidare, « consolider, cicatriser ». Les anciens lui prêtaient des vertus cicatrisantes, puis elle entra dans la pharmacopée populaire, notamment pour ses effets diurétiques. Comme souvent avec les plantes médicinales, la réputation a précédé les démonstrations scientifiques, mais certaines de ses propriétés continuent aujourd’hui d’être étudiées.

La verge d’or que l’on rencontre spontanément dans une grande partie de la France est Solidago virgaurea, notre espèce indigène. Elle est loin d’être seule. Le genre Solidago compte plus d’une centaine d’espèces, dont plusieurs venues d’Amérique du Nord. Certaines, comme la verge d’or du Canada (Solidago canadensis), se sont remarquablement adaptées aux paysages européens. Trop bien, diraient les écologues : elles colonisent rapidement les terrains ouverts et peuvent former de vastes peuplements au détriment de la flore locale.

Cette parenté est parfois source de confusion. On accuse volontiers « la verge d’or » d’être envahissante, alors que notre espèce indigène ne l’est pas.

Il existe une autre confusion, encore plus tenace. Chaque fin d’été, elle est régulièrement désignée comme responsable des allergies saisonnières. Elle est pourtant largement innocente. Son pollen est relativement lourd et voyage peu. Le véritable coupable est souvent une autre plante qui fleurit au même moment, beaucoup moins voyante : l’ambroisie. Elle passe presque inaperçue, mais son pollen, transporté par le vent, suffit à provoquer rhinites et conjonctivites chez de nombreuses personnes. La verge d’or paie sans doute le prix de sa visibilité.

Néanmoins, j’aime cette idée qu’une plante aussi discrète pendant la majeure partie de l’année devienne, pendant quelques semaines, l’une des plus précieuses pour les insectes. Elle n’annonce pas le printemps, elle ne célèbre pas l’abondance. Elle accompagne ce moment où l’été commence à céder du terrain, elle en éclaire simplement les derniers jours lumineux.

C’est cette lumière tranquille que j’avais envie de retrouver sur cette carte buissonnière qui célèbre la verge d’or :

Pour faire écho à son nom, je lui ai associé une de ces feuilles de ginkgo que je fais sécher avant de les peindre. J’aime ce dialogue entre une plante représentée et une autre, bien réelle, devenue presque précieuse sous une fine couche d’or. Ce sont de petits rapprochements qui racontent une saison, une couleur, une impression.

Sources :

« Solidago » – fiche Wikipédia

« Solidago virgaurea » – fiche Wikipédia

« Solidago canadensis » – fiche Wikipédia

« Verge d’or du Canada : Le mythe de l’allergie démystifié »

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