Le kimono aux carpes bleues de Matisse

Au printemps dernier, le Musée d’Art Moderne de Paris consacrait une exposition à « Matisse et Marguerite », le peintre et sa fille, beaucoup moins connue, mais également artiste.

Parmi les pièces exposées, on pouvait voir ce superbe kimono orné de carpes koï bleues :

Au début du XXe siècle, le japonisme irrigue encore les ateliers, nourrissant les recherches de formes, de couleurs et de compositions. Il encourage notamment le goût pour les aplats, les lignes sinueuses et un espace pensé comme un champ décoratif.
Matisse, comme beaucoup de ses contemporains, y puise une liberté nouvelle.

Pourtant ce kimono n’est pas un simple accessoire d’atelier. Il est porté, habité, incarné.
Ainsi, sur cette eau-forte représentant Marguerite, il l’enveloppe :

Ce beau kimono aux carpes bleues semble néanmoins plutôt appartenir à sa mère, comme le montrent ces deux dessins dont elle fut le modèle :

Progressivement, Matisse ne dessine plus les carpes jusque dans le détail de leurs écailles, mais ne retient que leur ondoiement.

Cette stylisation est encore plus prononcée avec Madame Matisse en kimono peint par Derain :

Les carpes se font virgules bleues, qui structurent l’espace pictural du kimono et dialoguent avec la ligne du corps.

Enfin, avec La Japonaise au bord de l’eau, Matisse fond le modèle dans un décor fauve :

Les carpes et les vagues du kimono deviennent des lignes souples et répétées, bleues, vertes et violettes, qui se déploient avec une intensité presque abstraite.

En ce 1er avril, jour de poissons farceurs, mes cartes buissonnières s’inspirent librement du kimono de Madame Matisse en arborant de superbes papiers washi aux carpes koï :

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