Motif suisen

Au Japon, le narcisse (水仙, suisen) fleurit durant l’hiver.

Cela lui vaut le joli nom de setchûka (雪中花), qui signifie littéralement « fleur dans la neige ».

Beauté hivernale

On peut ainsi l’admirer bravant la neige, entourée d’autres fleurs hivernales, ume (la fleur de prunier) et tsubaki (le camélia) sur ce somptueux triptyque de Kunisada :

De même sur cet éventail de Hiroshige, où la neige et le tsubaki rouge vif l’accompagnent :

On rattache cette beauté qui résiste au froid à la pureté, au respect et à l’honneur. C’est pourquoi on la retrouve volontiers sur les tsuba (gardes de sabre) de l’époque Edo (1603-1868) :

Mais son port élégant n’a pas échappé non plus aux maîtres de l’estampe, à l’instar de Shibata Zeshin ou Utagawa Toyohiro :

Kachô-ga, waka et bijin-ga

Le narcisse trouve naturellement sa place dans les estampes de type kachô-ga (fleurs et oiseaux).

Nakayama Sûgakudô lui associe ainsi une bergeronnette (et une araignée !) et Kôno Barei un couple de mandarins :

Le Suisenka de Harunobu fait lui dialoguer le bouquet de narcisses avec un waka, poème dont les lignes cursives semblent flotter dans un hiver implicite et répondre aux longues feuilles arquées :

花姿 霜にしゃれたる 水仙は 葉さへひとねち 人をなすます

Hana sugata/ shimo ni sharetaru/ suisen wa/ ha sae hitonechi/ hito wo nasumasu

Ce waka pourrait se traduire :

La silhouette de la fleur —
ce narcisse meurtri par le givre :
même ses feuilles, d’une simple torsion,
font chavirer le cœur des hommes.

Le poète tord son pinceau en spirales douces comme le narcisse tord ses feuilles…

Ses feuilles gracieuses et ses fleurs délicates font également du suisen une fleur de choix pour les bijin-ga, ces représentations des beautés de l’époque, ici, chez Utagawa Toyohiro et mon cher Utamaro :

Kunisada et Kuniyoshi le transforment même en motif de kimono :

Le suisen annonce la fin de l’hiver. C’est une fleur de seuil, de renouveau, et ce n’est guère étonnant que ce premier jour du printemps météorologique soit son jour dans le calendrier républicain.

Pour célébrer sa poésie délicate, j’ai emprunté à Shibata Zeshin une tige de narcisse et quelques feuilles d’un vert vif que j’ai mariées à un ginkgo doré :

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La publication a un commentaire

  1. Le Gall

    Merci pour toutes ces informations sur le narcisse ! Très beau travail !

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