Du Poudrier champêtre de Steeven Salvat à la piscine violette de Thomas Trum

Le calendrier républicain célèbre aujourd’hui la lavande.

Fleur emblématique des paysages méditerranéens, elle convoque aussitôt le parfum, l’été et les ondulations violettes des champs provençaux :

Pour marquer ce jour, j’ai eu envie de mettre en regard deux œuvres contemporaines qui, chacune à sa manière, réinventent notre regard sur cette plante familière.

La première tient dans le creux de la main. La seconde se déploie à l’échelle d’une piscine monumentale.

Dans « Poudrier champêtre », Steeven Salvat représente des rats des moissons suspendus à des brins de lavande :

L’animal, minuscule acrobate des prairies, semble évoluer dans une forêt violette à son échelle. Le raffinement de l’objet – un miroir de poche – renforce encore cette impression d’intimité, comme si l’on surprenait une scène secrète.

Le rat des moissons est généralement associé aux céréales, aux herbes hautes et aux roselières, où il construit ses remarquables nids sphériques suspendus :

La lavande n’est pas son habitat le plus caractéristique, mais Steeven Salvat ne cherche pas ici l’illustration scientifique. Il compose une scène de poésie naturaliste, plausible et délicate, où la plante devient un écrin pour l’un des plus gracieux petits mammifères européens.

Cette œuvre nous rappelle que les plantes que nous admirons pour leur beauté ou leur parfum sont aussi des mondes habités. La lavande n’y est pas un simple motif décoratif : elle devient un milieu de vie, un refuge, un paysage miniature.

À l’opposé de cette miniature raffinée, l’artiste néerlandais Thomas Trum a transformé une piscine de Hyères en une immense composition violette inspirée des champs de lavande provençaux :

Photo de Thomas Lohr

Son installation ne représente pas la plante de manière figurative. Elle en transpose l’expérience visuelle : les bandes colorées, les vibrations du paysage, l’impression d’être plongé dans un océan de violet.

Quand le rat des moissons découvre la lavande comme un territoire immense, presque une canopée végétale, Thomas Trum, lui, transforme une piscine entière en champ de lavande abstrait, invitant le visiteur à éprouver physiquement cette même sensation d’immersion.

Entre ces deux œuvres contemporaines se déploie un jeu d’échelles fascinant : ce qui est paysage pour l’humain devient forêt pour le petit mammifère. D’un côté, l’échelle du vivant observé de près ; de l’autre, celle du territoire. D’un côté, le détail d’une petite patte agrippant une tige ; de l’autre, des surfaces monumentales visibles à plusieurs dizaines de mètres.

Pour ce jour de la lavande, ces deux œuvres montrent combien une plante familière peut encore renouveler notre regard : miniature intime chez Steeven Salvat, paysage immersif chez Thomas Trum.

Entre le Poudrier champêtre et la piscine violette s’étend tout un champ de possibles — sinon de lavande ! — dans lequel j’ai glissé des cartes buissonnières :

Pour mieux connaître les deux artistes :

Site de Steeven Salvat

“the making of thomas trum’s ‘lavender’ artworks”

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