L’orcanette des teinturiers, une plante aux racines pourpres

Dans le calendrier républicain français, le 24e jour du mois de messidor, souvent notre 12 juillet, était dénommé jour de l’orcanète.

Modeste plante méditerranéenne aux fleurs bleu vif, l’orcanette des teinturiers (Alkanna tinctoria) cache sous terre un trésor de couleur : des racines capables de produire de magnifiques teintes rouges, violacées ou pourprées. Longtemps utilisée pour colorer huiles, onguents, cosmétiques et certaines préparations artisanales, l’orcanette témoigne d’un savoir-faire ancien où la connaissance des plantes se mettait au service de la couleur.

Une plante discrète de la famille des bourraches

L’orcanette appartient à la famille des Boraginacées, tout comme la bourrache, la consoude ou le myosotis. C’est une plante vivace qui pousse naturellement dans les régions méditerranéennes, depuis le sud de l’Europe jusqu’au Proche-Orient.

Elle forme une touffe de tiges couvertes de poils rudes, portant des feuilles étroites et allongées. Au printemps et au début de l’été apparaissent de petites fleurs bleu violacé, parfois presque azur, typiques de sa famille botanique.

Cependant, l’intérêt principal de l’orcanette se trouve dans ses racines épaisses et sombres :

Elles contiennent des pigments rouges très concentrés, principalement des naphtoquinones, parmi lesquelles l’alkannine est la plus connue. C’est cette molécule qui confère à la plante ses propriétés colorantes.

Une histoire ancienne de plante tinctoriale

L’orcanette est utilisée depuis l’Antiquité dans plusieurs régions du bassin méditerranéen. Les racines étaient récoltées, séchées puis réduites en fragments ou en poudre afin d’extraire leurs pigments.

Contrairement à de nombreux colorants végétaux qui se dissolvent dans l’eau, les pigments de l’orcanette sont liposolubles : ils se diffusent facilement dans les huiles, les cires ou les corps gras. Cette particularité explique son usage traditionnel dans la fabrication de baumes, de pommades et de préparations médicinales.

Elle a également servi à colorer des vernis, des encaustiques et certains objets en bois.

Un colorant naturel toujours apprécié

L’arrivée des colorants synthétiques au XIXᵉ siècle a entraîné un déclin progressif de l’utilisation de nombreuses plantes tinctoriales, dont l’orcanette. Pourtant, elle connaît aujourd’hui un regain d’intérêt auprès des amateurs de teintures végétales, des savonniers artisanaux et des fabricants de cosmétiques naturels.

Il faut toutefois garder à l’esprit que la stabilité des couleurs obtenues reste variable. Une exposition prolongée à la lumière ou à l’air peut entraîner une modification progressive des teintes.

Pour ma carte buissonnière, j’ai choisi de faire écho aux couleurs emblématiques de l’orcanette : une feuille de ginkgo peinte d’un bleu inspiré de ses corolles sur un fond pourpre évoquant les pigments de ses racines, comme un clin d’œil aux contrastes inattendus de cette plante tinctoriale.

Sources :

« Orcanette des teinturiers » – fiche Wikipédia, particulièrement riche

« Teinture à l’orcanette »

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